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Quel avenir pour Kidal avec le retour de l'armée malienne ?

Carole Assignon | Reliou Koubakin | Mahamadou Kane
15 novembre 2023

L'armée malienne a repris le contrôle de Kidal aux séparatistes touaregs. Mais au-delà de ce succès symbolique se pose désormais la question de l'après.

Un soldat malien muni d'un Ak-47
Image : KENZO TRIBOUILLARD/AFP/Getty Images

C'est une victoire qui est saluée au Mali. L'armée maliennea repris mardi (14.11) la ville de Kidal aux séparatistes touaregs. L'armée est donc de retour après des années d'absence de cette ville stratégique du nord du pays, devenue un enjeu majeur de souveraineté pour Bamako.

Pour les soutiens et partisans de la junte au pouvoir à Bamako, l'annonce de la reprise de Kidal est un succès plus que symbolique et significatif. Considéré comme un foyer historique des insurrections, l'armée et l'Etat maliens n'avaient quasiment pas remis pied dans la ville depuis mai 2014.

Les forces maliennes en avaient alors été chassées quand une visite du Premier ministre de l'époque, Moussa Mara, avait donné lieu à des affrontements entre les rebelles touaregs et les FAMa, les soldats maliens.

 Bamako entend bien rester

Fousseyni Ouattara est vice-président de la Commission défense au Conseil national de défense, l'organe qui sert de Parlement durant la transition militaire. Pour une paix durable, celui-ci suggère aux séparatistes touaregs, qui se sont repliés, de déposer les armes. 

Selon lui "le chemin d'abord pour cela, c'est le désarmement, la démobilisation et la réintégration". Il explique que cela a été offert à tous ceux qui le voulaient. "Nous cherchons plutôt à panser les plaies et à assurer l'intégrité du territoire du Mali, comme la Constitution le stipule. On ne peut donc pas s'asseoir à la même table pour négocier avec des terroristes. Cela est exclu", assure par ailleurs Fousseyni Ouattara.

Du côté de la rébellion touareg, si elle a reconnu s'être retirée de son fief de Kidal, elle a assuré toutefois continuer le combat contre l'Etat central.

Le Cadre stratégique permanent, une alliance de groupes armés à dominante touareg, n'entend donc pas rendre les armes.

"Ça risque d'être pendant un temps une ville fantôme"

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La région est vaste

Selon un ancien cadre du Mouvement de libération de l'Azawad (MNLA), la mise en œuvre d'une opération pour reprendre Kidal avait été déconseillée aux autorités de transition. Il rappelle que la région est vaste et difficile à contrôler.

"Si on tient les villes, les villes ne sont que des points sur la carte. Tout le reste va échapper à l'armée malienne ", affirme cet ancien cadre qui ajoute qu'"il n'y aura pas d'administration sur le territoire, il n'y aura pas de services sociaux. La circulation sera très difficile dans la région".

Celui-ci prédit par ailleurs une situation très difficile à l'avenir pour la population de la région, dont une partie aurait fui Kidal.

Une situation difficile que redoute également le chercheur Michel Galy. Spécialiste de l'Afrique subsaharienne, il est l'auteur de "La guerre au Mali".

"S'il y a une certaine sécurité, si les Maliens (l'armée) et surtout Wagner qui les ont beaucoup aidés, se cantonnent dans le camp abandonné par la Minusma et font régner l'ordre, les civils reviendront. Mais on peut craindre des exactions contre eux. Ça risque d'être pendant un temps une ville fantôme", craint le chercheur.

Le retour de l'armée malienne à Kidal est considéré comme une étape décisive dans la reconquête du territoire, dont une grande partie échappe toujours à Bamako.